Il savait, elle persévérait et l’écart est devenu un gouffre
Voilà un personnage de cinéma assez déconcertant : le mari qui connaît la liaison de sa femme, avale les humiliations, maintient les habitudes du foyer et finit par découvrir, avec une stupéfaction presque offensée, que cette organisation le rend malheureux.
Le spectateur, lui, avait quelques soupçons.
Au début, cet homme comprend. Puis il patiente. Ensuite, il s’arrange. Il connaît parfois le prénom de l’amant avant d’avoir trouvé les mots pour parler à sa femme. On dîne, on reçoit des amis, on demande qui prendra la voiture demain. La vie conjugale conserve une ponctualité remarquable autour d’une confiance qui, elle, ne répond plus à l’appel.
L’insolite tient à cette curieuse prévoyance : il pense à tout ce qui permet au ménage de fonctionner, sauf à ce qu’il est encore capable d’y vivre.
Puis survient l’incident de trop. Une absence supplémentaire, un mensonge particulièrement désinvolte, l’annonce d’un départ. Monsieur réclame alors une explication générale, avec effet rétroactif. Il veut reprendre chaque épisode, contester chaque silence, obtenir enfin des comptes sur ce qu’il s’était épuisé à laisser passer.
On comprend sa douleur. On s’étonne du calendrier.
Car il avait peut-être pris son silence pour une façon de poser des conditions. Elle avait pu y voir un arrangement durable. Entre les deux, aucune conversation assez franche pour savoir si l’on essayait de reconstruire quelque chose ou si l’on attendait simplement que quelqu’un trouve le courage de partir.
La responsabilité du mensonge appartient bien à celle qui ment. Mais quelle étrange épreuve cet homme s’impose en espérant que sa capacité à souffrir finira par lui assurer la fidélité de l’autre !
Quand il se rebiffe enfin, le cinéma lui offre parfois une grande scène. La voix monte, les vérités sortent, les valises s’ouvrent. Nous voilà presque soulagés de l’entendre, et navrés qu’il ait attendu d’être à bout pour se faire entendre.
Il avait supporté l’amant, les absences et les faux prétextes.
Ce qu’il n’avait pas prévu, c’était de devoir aussi se supporter lui-même, après tout cela.
