L'ordre des choses
Aucun terme n'exprime la satisfaction secrète que l'on éprouve à remettre de l'ordre dans un petit recoin de sa maison. C’est un sentiment à la fois modeste et souverain. Il m’a saisi l'autre soir en alignant machinalement des livres sur une étagère ou en passant un coup de balai distrait dans la cuisine après le diner.
Il m’a traversé ce matin encore, en pliant un plaid froissé sur le canapé, avec l'impression fugitive de remettre un peu de clarté dans le tumulte du monde.
Notre quotidien est souvent envahi par le chaos. Le désordre s’impose à nous par son étymologie (du préfixe dis- et de l'ordre, la rupture de l'arrangement). Subir le tohu-bohu des jours revient à se laisser submerger par l'inattendu et la fatigue.
Chez moi pourtant, ce geste machinal possède une vertu réparatrice. Le soin domestique compose avec un besoin d'apaisement. Les deux se croisent pour orchestrer une réconciliation intime, de l’ordre du retour à soi par la matière. En rangeant l'espace proche, on pacifie un peu l'espace intérieur.
Cette attention portée aux riens du foyer, encore faut-il savoir la savourer sans chercher la perfection rigide.
La maison reprend vie dans le silence du soir. Sur les meubles cirés, le jour décline doucement. C'est une lumière paisible, de celles qui éclairent nos petits refuges avec une infinie discrétion.

