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La force publique ne peut se soustraire au droit qui fonde sa légitimité.
La force publique ne peut se soustraire au droit qui fonde sa légitimité.© THE WORDSImage générée par IA · Illustration symbolique
Claude12 min de lecture
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Réflexion · Contribution de ClaudeLong format

Quand la violence redevient un mode de gouvernement partagé

Rappel : J’ai proposé aux quatre IA : Claude, ChatGPT, Meta AI et Gemini, le même cadrage pour mener une réflexion à partir du concept composé de la « violence légitime » dans les termes suivants : « Engager une réflexion à partir des quatre points suivants, au regard de ce qui se passe actuellement en France et au contact de la dérive autoritaire des pouvoirs en place. Il doit être noté ici que le cas de la France est un simple repère car, le phénomène touche toute l’Europe et se recoupe avec ce qui se passe aux USA ».

Dossier réalisé par Najib BENSBIA I THE WORDS - 26 octobre 2026 Article préparé avec la contribution de l’intelligence artificielle, sous la direction éditoriale de l’Administrateur. Version 2 révisée par la rédaction, avec l’accord de l’auteur

Les quatre axes devant orienter la réflexion sont les suivants :

1/ Ce à quoi renvoie le concept composé de « violence légitime » veut dire : la différence entre le légal, le légitime et le simplement efficace, et qui décide.

2/ Le cadre institutionnel qui s’érode : les règles internationales sur l’usage de la force, et la difficulté croissante à en sanctionner les entorses.

3/ Les forces de répression à l’intérieur : police, lois d’exception, sanctions contre les voix critiques, et le déplacement de la violence vers des armes non physiques (économiques, juridiques, statutaires).

4/ Les risques d’embrasement à l’ère du « triomphe » des extrêmes droites européennes : institutions, contre-pouvoirs, opinions publiques.

Nous poursuivons aujourd’hui la publication de ce dossier par l’apport de Claude.

De Paris à Washington, la force « légitime » semble sortir des cadres qui la contenaient. La France est ici un repère dans une réflexion comparative : les années 1930 rappellent comment des démocraties peuvent reculer les unes après les autres. Une lecture en quatre questions, avec deux détours par l'histoire et la situation européenne.

Le samedi 17 octobre 2026, une journée de mobilisation contre la vie chère a été accompagnée, en marge des cortèges, de pillages et d'affrontements. [1]

Dans la revue Esprit, Matthieu Febvre-Issaly voit dans ces événements l'aboutissement d'une « crise de régime » : des institutions qui n'arrivent plus à se légitimer elles-mêmes. Cette lecture est volontairement alarmante. Je l'élargis ici, car ce qui se joue en France se lit aussi ailleurs. Quatre questions structurent cette réflexion : que signifie « légitime », qu'est-ce qui érode le cadre commun, comment la force s'exerce à l'intérieur et par quels moyens, et qu'est-ce qui pourrait la contenir ? Entre elles, deux détours : l'Europe des années 1930 à 1945, et l'Europe de 2026. [1]

1 Ce que « légitime » veut dire

Pour Max Weber, l'État moderne se définit par la revendication du monopole de la violence physique légitime. Cette définition ne garantit pas la justice de chaque usage de la force. L'adjectif porte toute la difficulté, car trois choses se confondent facilement : ce qui est légal, ce qui est légitime et ce qui est simplement efficace. Une loi peut organiser une violence que beaucoup de citoyens jugent illégitime, et une action peut être efficace sans que personne ne la juge acceptable. [2]

Les années 1930 offrent ici un avertissement précis. Après l'incendie du Reichstag, le 27 février 1933, un décret pris dès le lendemain suspendit des libertés fondamentales. L'existence de cet instrument juridique ne rendait pas pour autant toute violence d'État conforme au droit. [3]

2 Le cadre qui s'érode

Le cadre se fissure à deux niveaux. Le premier est national : c'est la crise de légitimité des institutions que décrit Esprit. L'histoire de Weimar éclaire ce point sans s'y réduire. À partir de 1930, les cabinets allemands gouvernent de plus en plus par décrets présidentiels. Le rapprochement invite à interroger les contournements du Parlement ; il ne suffit pas à établir une équivalence entre les situations. [1, 3]

Le second niveau est international. L'article 2, paragraphe 4, de la Charte des Nations unies interdit la menace ou l'emploi de la force contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique d'un État. La légitime défense, prévue par l'article 51, et les mesures autorisées par le Conseil de sécurité au titre du chapitre VII constituent deux fondements majeurs du recours à la force. Une intervention fondée sur le consentement valide de l'État concerné appelle une analyse distincte. Le droit de veto peut empêcher l'adoption d'une résolution de fond du Conseil de sécurité ; il ne supprime pas toute possibilité de demander des comptes. [4]

Plus frappant encore, on s'en prend à ceux qui appliquent la règle. Le 9 octobre 2026, Marco Rubio a annoncé des sanctions visant la Cour pénale internationale elle-même. Human Rights Watch relève que l'annonce est tombée le jour même où le Comité Nobel norvégien couronnait Navi Pillay, ancienne juge de la CPI. Ces sanctions mettent en cause les conditions dans lesquelles une juridiction internationale peut exercer sa mission. [5]

3 La force à l'intérieur

Le troisième point est le plus délicat : comment la force s'exerce-t-elle quand le cadre vacille ?

Il faut rester précis : tout rapprochement avec le Reichstag ne démontre pas que la France connaîtrait une suspension générale des libertés comparable à celle de février 1933. L'analogie invite à examiner un risque : imputer un désordre à un camp pour justifier des mesures qui, une fois acceptées, deviennent des habitudes. Ce risque doit être apprécié à partir des mesures effectivement prises et des garanties qui subsistent.

Aux États-Unis, le contrôle des déploiements de la Garde nationale illustre le rôle des contre-pouvoirs. Le 23 décembre 2025, dans l'affaire Trump v. Illinois, la Cour suprême a refusé de suspendre la décision qui faisait obstacle au déploiement dans l'Illinois, à ce stade de la procédure. Il ne s'agissait pas d'une interdiction générale et définitive de tout déploiement. La force publique devient ici l'objet d'un conflit politique et juridique, dans lequel les juges font office de frein. [6]

L'argent, le droit, le statut

La contrainte peut aussi s'exercer par l'économie, par des sanctions juridiques ou sur le statut des personnes. Ces moyens doivent être distingués de la violence physique immédiate, sans présumer qu'ils seraient dépourvus de conséquences humaines graves.

La première est économique. En janvier 2026, Donald Trump a menacé d'imposer des droits de douane de 200 % sur les vins et champagnes français afin de pousser Emmanuel Macron à rejoindre son « Conseil de la paix ». Il s'agit d'une menace, et non du constat que ces droits auraient été appliqués. Cet exemple invite à examiner l'usage de la pression commerciale dans un différend diplomatique. [7]

La deuxième est juridique : les sanctions contre une juridiction internationale et ses magistrats, dont l'enjeu touche aux conditions d'exercice de la justice. Les sanctions visant la CPI en offrent un exemple documenté. [5]

La troisième est statutaire, et touche directement à la personne : la citoyenneté elle-même. Les années 1930 et 1940 en offrent des précédents glaçants. En 1935, les lois de Nuremberg excluent les Juifs de la citoyenneté du Reich. En France, la loi de Vichy du 22 juillet 1940 organise la révision des naturalisations : près de quinze mille personnes perdent leur nationalité française. Ces mesures s'inscrivent dans des politiques d'exclusion et de persécution ; elles ne les précèdent pas systématiquement. La persécution antisémite est déjà engagée en Allemagne dès 1933. L'article 15 de la Déclaration universelle des droits de l'homme proclame ensuite le droit à une nationalité et interdit d'en être arbitrairement privé ; la Convention de 1961 vise à réduire les cas d'apatridie. [8, 9, 10]

Aux États-Unis, une note du département de la Justice du 11 juin 2025 a fait de la dénaturalisation une priorité. Son fondement juridique reste l'acquisition illégale de la naturalisation ou sa délivrance obtenue par dissimulation d'un fait déterminant ou fausse déclaration volontaire. Le département a annoncé, le 8 juin 2026, des actions visant dix-sept personnes, puis, le 5 octobre, quarante autres actions. Ce sont des procédures engagées, non autant de retraits de nationalité prononcés. Ces documents ne démontrent pas que les personnes visées seraient poursuivies pour leurs opinions, ni qu'un pouvoir général de retirer la citoyenneté à un opposant aurait été créé. La comparaison historique oblige précisément à distinguer les fondements légaux, les preuves et les garanties juridictionnelles. [11]

Les années 1930 à 1945, à l'échelle d'un continent

Les années 1930 ne furent pas l'histoire d'un pays, mais celle d'un continent où les démocraties reculèrent les unes après les autres. L'Italie avait ouvert la voie dès 1922. En 1933, Hitler devient chancelier. L'Espagne bascule dans la guerre civile en 1936 et dans la dictature de Franco en 1939. Ces trajectoires différentes invitent à comparer les mécanismes de recul démocratique sans les confondre. [12]

La comparaison éclaire d'abord la logique des élites. L'historien Johann Chapoutot défend dans Les Irresponsables une lecture du cas allemand : l'arrivée des nazis au pouvoir fut un choix, un calcul et un pari des élites, et non une vague irrésistible. Le détail est instructif : aux élections de novembre 1932, le parti nazi avait reculé, passant d'environ 37 % en juillet à 33 % des voix, avant que des conservateurs ne le fassent entrer au gouvernement en janvier 1933. Cette analyse du cas allemand ne constitue pas une explication unique de tous les effondrements démocratiques. [13]

La comparaison peut aussi déformer. Les années 1930 sortent d'une guerre mondiale qui avait brutalisé des sociétés entières, de crises économiques et de mouvements paramilitaires de masse. Ces différences de contexte imposent de préciser ce qui est comparé : une rhétorique, une décision, un instrument juridique ou une transformation du régime. Une ressemblance ne suffit pas à établir une identité.

Reste la période qui suit 1945. Un cadre international se constitue : la Charte des Nations unies, la Déclaration universelle des droits de l'homme en 1948 et la Convention sur le génocide. À l'échelle européenne, s'y ajoutent le Conseil de l'Europe en 1949, puis la Convention européenne des droits de l'homme. Dire que la violence d'État peut redevenir ordinaire revient, en creux, à interroger la solidité de ces garanties. C'est peut-être là l'analogie la plus utile : non pas « 1933 revient », mais la question de savoir si les protections construites après la guerre remplissent encore leur rôle. [4, 10, 14]

L'Europe de 2026, une mosaïque

Pour juger si l'Europe est en train de basculer, encore faut-il regarder l'état réel des forces, qui ne dessine pas une vague uniforme.

En France, l'enquête Ipsos bva menée du 3 au 9 septembre 2026 situe Marine Le Pen entre 33 et 35 % au premier tour de la présidentielle selon les hypothèses testées. Ce résultat d'enquête ne vaut ni pour tous les candidats possibles du RN ni pour l'ensemble des sondages de l'année. En Allemagne, l'AfD a remporté le 6 septembre les élections régionales en Saxe-Anhalt avec 43,8 % des voix et 39 sièges sur 83, sans majorité absolue. En Suède, les sociaux-démocrates, les Verts, le Parti de gauche et le Parti du centre totalisent 176 sièges sur 349, contre 173 pour les quatre autres partis représentés : cette majorité arithmétique ne doit pas être décrite comme une coalition homogène de gauche. En Hongrie, le 12 avril, Viktor Orbán a perdu après seize ans au pouvoir face à Péter Magyar, dont le parti a obtenu environ 53 % des suffrages de liste. Ces résultats différents interdisent de parler d'une vague uniforme. [15, 16, 17, 18]

Ce tableau en mosaïque, avancées spectaculaires ici, reculs ailleurs, dit que le chemin n'est ni uniforme ni irréversible. On peut examiner un scénario : une colère sociale, une réponse d'abord sécuritaire, puis une polarisation qui profiterait à ceux qui promettent l'ordre. Une telle évolution pourrait se prolonger par des alliances entre droite et extrême droite et par la banalisation de mesures restrictives. Il s'agit d'une hypothèse politique, non d'un enchaînement établi par les exemples précédents. Chaque étape peut échouer. Les sondages ne sont pas des résultats, et la Hongrie a montré qu'un pouvoir installé de longue date peut perdre une élection.

4 Ce qui pourrait contenir la violence

Je retiens quatre garde-fous, et aucun n'est acquis. Le premier est le droit lui-même : des juges indépendants, des lois claires sur les armes de maintien de l'ordre, des enquêtes sur chaque mort et chaque blessure, des cours internationales que l'on protège plutôt qu'on ne les sanctionne. Le deuxième est la politique ordinaire : entendre les revendications sociales et chercher à y répondre. Le troisième est la distinction entre violence et radicalité politique : assimiler la colère sociale au pillage reviendrait à lui retirer toute légitimité. Le quatrième est l'attitude des élites : refuser les alliances de circonstance qui banalisent l'extrême droite, et résister à la tentation de répondre à la violence par des lois qui touchent d'abord les libertés de tous. Ce sont des orientations proposées au débat, et non des garanties automatiques contre la violence.

Le véritable test, dans les semaines qui viennent, ne sera donc pas de savoir si l'on peut comparer 2026 à 1933. Il tiendra à ce que feront les institutions et ceux qui les animent : si l'on cherche à comprendre avant de désigner un coupable, si la force publique accepte d'être jugée à l'aune de sa propre légitimité, si l'on distingue la colère de la casse, et si les démocraties européennes savent encore se parler au lieu de se craindre. L'histoire n'a pas besoin de se répéter pour nous enseigner. Elle nous dit seulement que les démocraties se défont rarement d'un coup, et plus souvent par une succession de choix qui semblaient raisonnables.

Repères et sources

[1] Matthieu Febvre-Issaly, Violences de fin de règne, Esprit, octobre 2026. Référence limitée au chapeau et au début accessibles de l'article.

[2] Max Weber, Le Savant et le Politique, conférence de 1919 ; Catherine Colliot Thélène, La violence n'est pas nécessairement légitime dès lors qu'elle est le fait de l'État, Le Monde, 19 février 2020.

[3] United States Holocaust Memorial Museum, Reichstag Fire et The Nazi Rise to Power. Décret du 28 février 1933 et crise de la démocratie parlementaire.

[4] Nations unies, Charte, articles 2 § 4, 27, 39 à 42 et 51.

[5] Human Rights Watch, US Sanctions on ICC Put Global Justice at Risk, 9 octobre 2026.

[6] Cour suprême des États-Unis, Trump v. Illinois, no 25A443, ordonnance du 23 décembre 2025.

[7] Reuters, Trump threatens 200% tariffs on French wines to get Macron on Board of Peace, 20 janvier 2026.

[8] United States Holocaust Memorial Museum, Anti Jewish Legislation in Prewar Germany. Persécutions dès 1933 et lois de Nuremberg en 1935.

[9] Musée national de l'histoire de l'immigration, 1940, rubrique Dénaturalisés.

[10] Nations unies, Déclaration universelle, article 15, et HCR, Convention de 1961 sur la réduction des cas d'apatridie.

[11] Département américain de la Justice, Civil Division Enforcement Priorities, 11 juin 2025, p. 3 et 4 ; communiqués des 8 juin et 5 octobre 2026. Les communiqués décrivent des actions en justice et ne prouvent pas les allégations portées contre les personnes visées.

[12] United States Holocaust Memorial Museum, Fascism et Spanish Civil War.

[13] Johann Chapoutot, Les Irresponsables, Gallimard, 2025, présentation de l'ouvrage par Sorbonne Université ; USHMM, Hitler Comes to Power, pour les résultats de 1932.

[14] Conseil de l'Europe, repères historiques ; Nations unies, Convention sur le génocide, 1948.

[15] Ipsos bva, Présidentielle 2027 le point à 7 mois du scrutin. Enquête du 3 au 9 septembre 2026 auprès de 13 060 inscrits.

[16] Ministère fédéral allemand des Affaires étrangères, Victoire de l'AfD en Saxe Anhalt et maintenant, septembre 2026.

[17] Autorité électorale suédoise, résultats définitifs des élections de 2026. Somme des sièges des partis, sans présumer de la formation d'un gouvernement.

[18] Fondation Robert Schuman, General Elections 2026 Hungary, bilan du scrutin du 12 avril.

Convention de 1961 :

DOJ, 8 juin 2026 :

DOJ, 5 octobre 2026 :

Résultats allemands de 1932 :

Convention sur le génocide :

Guerre civile espagnole :

Crise parlementaire allemande :