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La ville où presque tout le monde vit dans le même immeuble

Il faut prendre un tunnel de 4 kilomètres à travers une montagne pour y entrer. Au bout, il n'y a qu'une ville, Whittier, en Alaska. Et dans cette ville, une grande partie de la population vit dans un même immeuble, les Begich Towers. Un bloc de béton de 14 étages achevé en 1957 par l'armée. Les habitants y ont composé une sorte de village vertical.

THE WORDS I 24 octobre 2026

À l’intérieur, plusieurs services côtoient les logements : une épicerie, une église, une laverie et des installations de proximité. L’école, en revanche, se trouve dans un bâtiment séparé, relié aux tours par un tunnel piétonnier. Les enfants peuvent donc s’y rendre à l’abri des intempéries. C’est tout l’intérêt de cette organisation dans une ville soumise à de fortes pluies, à la neige et au vent.

Évocation des Begich Towers. L’école est reliée par un tunnel ; celui de l’accès routier mesure environ 4 km. La répartition des étages est illustrative. Illustration fournie par l’auteur ; représentation schématique.
Évocation des Begich Towers. L’école est reliée par un tunnel ; celui de l’accès routier mesure environ 4 km. La répartition des étages est illustrative. Illustration fournie par l’auteur ; représentation schématique.Agrandir l’illustration ↗

Cet isolement n'est pas un choix hippie. Il est imposé par la géographie. Whittier n'est accessible que par ce tunnel à voie unique, qui ferme la nuit. Ou par bateau. Les déplacements dépendent des horaires du tunnel et des conditions météorologiques. Les habitants ont donc appris à tout mutualiser. La copropriété et la municipalité restent deux institutions distinctes, même si la proximité des habitants donne aux questions collectives une résonance particulière.

En hiver, les journées raccourcissent fortement. L’immeuble devient alors un refuge collectif : les couloirs et les espaces communs prennent une importance que l’on imagine mal dans une ville plus étendue. Cette proximité facilite les rencontres, mais elle suppose aussi de vivre avec les bruits, les habitudes et les regards de ses voisins.

L’été, le contraste est saisissant. Les journées s’allongent et Whittier accueille les voyageurs venus découvrir le Prince William Sound. Le port et les excursions donnent un autre rythme à cette petite ville. La vie des résidents permanents se poursuit au milieu de cette fréquentation saisonnière.

Vivre ici ne convient pas à tout le monde. Mais ce village vertical montre comment une communauté peut adapter son habitat à un environnement contraignant. Ailleurs, on traverse une rue pour voir ses voisins. Aux Begich Towers, il suffit parfois d’ouvrir sa porte.

Précision éditoriale : les récits selon lesquels la réunion de copropriété serait le conseil municipal, la criminalité inexistante et personne ne souhaiterait partir ne sont pas étayés par les sources consultées. Ces prétendus faits semblent venir tout droit de l’imagination de sources plus enclines à cultiver un imaginaire fertile qu’à vérifier les faits. Ils ne doivent pas être confondus avec la réalité documentée de cette vie collective.

Repères et sources

Smithsonian, reportage sur les Begich Towers, 2016

État de l’Alaska, tunnel de Whittier

Travel Alaska, Whittier