Le cinéma mondial dans tous ses états
De Lyon à Londres, des records historiques au box-office aux sorties qui s'enchaînent sur les écrans français, le septième art vit un automne d'une rare densité. Tour d'horizon d'une planète cinéma en pleine effervescence, avant de s'attarder sur le film qui incarne le mieux cette vague de succès.
Un film sort du lot en cette fin d’année 2026, « Spider-Man : Brand New Day », qui a ouvert avec 927 millions de dollars dans le monde, dépassé les deux milliards en dix-neuf jours et c’est le plus gros succès de 2026.
Des festivals qui se répondent Après Cannes, où la Palme d'or est revenue à Fjord de Cristian Mungiu, puis Venise, dont le Lion d'or a couronné Kvinde ukendt de May el-Toukhy et où le documentaire Naza a reçu vingt-cinq minutes d'ovation, la saison des festivals ne retombe pas en octobre. Elle change simplement d'échelle et de ton.
À Lyon, le Festival Lumière tient jusqu'au 18 octobre sa dix-huitième édition. Joel et Ethan Coen y recevront le vendredi 16 le Prix Lumière, après Michael Mann l'an passé et Isabelle Huppert en 2024, et une rétrospective de leurs films, souvent en copies restaurées, accompagne l'hommage. Le festival, qui avait réuni 185 000 spectateurs l'an dernier, mêle classiques et avant-premières, de La bola negra, prix de la mise en scène à Cannes, à Moulin de László Nemes ou aux Braves de Lukas Dhont. En parallèle, le marché du film classique met Taïwan à l'honneur jusqu'au 16 octobre.
À Londres, le BFI London Film Festival fête ses soixante-dix ans, du 7 au 18 octobre, avec 251 œuvres venues de 88 pays, dont 33 premières mondiales. Il a ouvert avec Elsinore de Simon Stone, où Andrew Scott incarne l'acteur Ian Charleson, et se refermera avec The Debut de Jesse Eisenberg. Dix films sont en compétition, parmi lesquels ceux de Hirokazu Kore-eda, de Sergei Loznitsa et de Carol Morley, et le prix du meilleur film sera annoncé le soir de la clôture. La programmation fait aussi une place aux sujets du moment : Ink, de Danny Boyle, revient sur la carrière de Rupert Murdoch et sur le monde des tabloïds de Fleet Street, tandis qu'Artificial suit l'histoire de Sam Altman, signe que le cinéma s'empare désormais de la révolution de l'intelligence artificielle.
Les salles retrouvent leur public Le signal le plus fort vient peut-être des chiffres. Le directeur général du BFI, Ben Roberts, a souligné que les blockbusters, les révélations indépendantes et les premiers films ont attiré cette année des spectateurs en nombre record, et les recettes semblent lui donner raison.
Le week-end du 9 au 11 octobre, en Amérique du Nord, Other Mommy a pris la première place avec 27,5 millions de dollars, devant Verity et Resident Evil. The Social Reckoning, le film d'Aaron Sorkin sur les lanceurs d'alerte de Facebook, sorti en France dès le 7 octobre, a pour sa part débuté en cinquième position avec 5,5 millions de dollars, un démarrage discret pour un film à l'accueil critique partagé. Plus haut dans les classements de l'année, The Odyssey de Christopher Nolan s'approche des 623 millions de dollars de recettes nord-américaines après quatre-vingt-sept jours d'exploitation.
Mais le fait marquant est ailleurs. Le week-end du 4 octobre, Avengers : Endgame a dépassé Avatar avec un total mondial de 2,9255 milliards de dollars, devenant le film le plus rentable de tous les temps, alors qu'il est de nouveau à l'affiche sous le titre Encore. Ce record, détenu par un film sorti en 2019, en dit long sur l'attachement du public aux grandes expériences collectives vécues en salle.
En France, des sorties pour tous les publics Les écrans français n'ont rien à envier à ce foisonnement. Le mercredi 14 octobre arrivent Les Misérables de Fred Cavayé, avec Vincent Lindon en Jean Valjean face à Tahar Rahim, Street Fighter, Malfaisante de Rob Savage et Le Corset de Louis Clichy. Ce film d'animation, récompensé à Cannes et à Annecy, suit un garçon de onze ans contraint de porter un corset dans une ferme de la Beauce, et s'inspire de l'histoire personnelle de son réalisateur.
Le 21 octobre sortent Karma de Guillaume Canet, Clayface de James Watkins, Shaun le Mouton : La bêêête d'Halloween, Mercado et Le roi du Game d'Éric Judor. Le 28, c'est le tour de Moulin, en compétition à Cannes, du Fantôme de l'Opéra, du Mystère Lucy Lost et de Hope de Na Hong-jin, présenté comme le blockbuster le plus cher du cinéma coréen. Plus loin, la fin d'année promet un affrontement de poids lourds, avec Avengers : Doomsday et Dune : troisième partie, tous deux attendus le 16 décembre.
Spider-Man : Brand New Day, la vague qui emporte tout S'il fallait désigner le film que cette vague de succès porte le plus haut, ce serait celui-là. Sorti fin juillet, Spider-Man : Brand New Day de Destin Daniel Cretton, quatrième aventure en solo de Tom Holland dans le rôle de Peter Parker, a signé le deuxième plus gros démarrage de l'histoire du cinéma, avec 927 millions de dollars de recettes mondiales dès son premier week-end. Il a aussi battu le record de la meilleure journée jamais enregistrée en Amérique du Nord, avec environ 169 millions de dollars le vendredi de sa sortie.
La suite a été à l'avenant. Le film a franchi le milliard de dollars en six jours, la deuxième performance de l'histoire derrière Endgame, puis les deux milliards en dix-neuf jours. Il est devenu le huitième film à atteindre ce seuil et le premier film de super-héros en solo à y parvenir, le Spider-Man le plus rentable de tous les temps, devant No Way Home et ses 1,92 milliard, et le plus grand succès de l'année 2026. Ses recettes nord-américaines approchent aujourd'hui les 957 millions de dollars, ce qui le place dans l'orbite du record historique du territoire.
Le triomphe est aussi planétaire En Inde, il est devenu le film hollywoodien le plus rentable de tous les temps. Ce qui porte un tel succès tient sans doute à un faisceau de raisons. Le film arrive cinq ans après No Way Home, avec un casting qui réunit Zendaya, Jacob Batalon, Sadie Sink, Mark Ruffalo et Jon Bernthal, et il met en scène un héros confronté à une menace nouvelle et à une transformation physique inattendue. Le public semble avoir répondu à la fois à la fidélité envers un personnage aimé et au désir de retrouver un grand rendez-vous collectif, dans une année que beaucoup décrivent comme celle de la reprise des salles.
Reste que la réussite d'un film n'est jamais seulement la sienne. Elle dit aussi quelque chose d'une époque qui retrouve le goût de s'asseoir ensemble dans le noir. De Lyon à Londres, des festivals d'auteur aux sommets du box-office, le cinéma, sous toutes ses formes, n'a pas fini de remplir les fauteuils.
