Cachez-moi cette IA que je ne saurais éviter !
Certes, l’imagination de l’être humain n’a de limite que ses propres fantasmes. Avec l’Intelligence Artificielle, nous déflorons toutes nos chimères. Le plus fantasmagorique avec cette intelligence, c’est que tout deviendrait artificiel, surtout notre potentiel intellectuel puisqu’en quelques clics et des phrases clés, nous sommes projetés en créateurs, en écrivains, en experts, en juristes chevronnés, en génie inventif… ; enfin en ce que le bon plaisir de l’artifice algorithmique saura faire de nous.
Eh oui, par la grâce d’algorithmes ingénieux, il n’y aurait plus besoin de faire des études poussées et auréolées de diplômes pour devenir savant. Mieux ou pire, c’est selon l’humeur du récepteur du message, plus personne ne pourra jurer de la vraie personnalité, mieux encore, du véritable profil de celle et/ou celui qui est en face de nous. Le bazar intégral !
D’aucuns pourraient croire que ce sont-là phobies d’une personne qui n’a pas, qui n’a plus confiance en la technologie. Foutaise ! L’avenir de l’Humanité est aujourd’hui à la croisée des chemins - sans exagération aucune. L’IA est bel et bien partie pour nous bercer dans un nouveau règne soit des lumières, ce qui n’est pas la seule probabilité plausible (pour rester dans le raisonnement mathématique), soit nous confondre dans un espace/temps de barbarie algorithmique (excusez la répétition subjectiviste !) dont les bouts ne nous sont nullement discernables.
Pourquoi parler de cet avenir de manière aussi inquiétante de l’Intelligence Artificielle, à un moment où tous chantent les louanges d’une véritable mine d’or pour tout et tout le monde ? Tout simplement - mais ce n’est pas la seule raison - parce qu’à l’occasion d’un colloque(*) auquel j’ai participé le 29 mars 2025 sur une thématique des plus ''usitaires'' aujourd'hui, "la sécurité sur Internet", deux des conférenciers ont abordé la question de l’IA et ce qu’elle nous offre pour l’un, l’IA face à l’inconnu pour l’autre. Et cette inconnue est justement ce qui pourrait arriver si les algorithmes s’emparent frontalement de notre vision de l’avenir. Car, à ce moment-là, il n’est plus d’avenir que les limites que s’imposerait cette technologie qui défie tous les entendements humains.
A la fin des exposés de ces deux orateurs, ma modeste tête était rivée sur un petit problème, qui devenait de plus en plus grand au fur et à mesure des argumentaires de l’un et de l’autre intervenants. Et ce petit problème a atteint son point critique lorsqu’au final, les deux exposants se sont entendus sur le fait qu’avec l’IA, on n’est plus sûr de rien, et surtout pas de ce qu’elle ferait de son potentiel aux frontières insondables. La compétition à l’échelle planétaire n’opposerait plus des intelligences humaines l’une en face de l’autre, mais une intelligence qui aurait réduit l’Homme (entendre l’être humain) à un consommateur imprudent de ce dont il n’a - et n’aura - aucune maitrise, ni dans l’absolu ni au relatif.
Le monde des idées m'est familier, j'en suis même un addict consommateur. Par ailleurs, j'aime à penser que je participe quelque part, ne serait-ce que pour une part infime, à la circulation de celles qui font le "bonheur'' de mes semblables. Mais cette IA s'est introduite dans ma petite tête en conquérante, et j'ai une sainte horreur de ce qui perturbe mes neurones. Cette phobie s'est incrustée en moi depuis que d'ingénieux créateurs ont fait de l'Intelligence Artificielle l'unique objet de leur création, surtout au cinéma.
Cela me fait penser à cette série télévisuelle(**) qui, tout en n'ayant pas l'IA comme thème principal du scénario, a fait voir celle-ci de par son côté le plus sombre. Dans l'un de ses épisodes, le scénariste a imaginé cette ''création humaine'' en experte des techniques d'interrogatoire. Il a donné corps à un robot qui, tout en étant programmé pour certaines techniques, ne s'est pas abstenu de développer d'autres de son propre chef, jusqu'à devenir un tortionnaire sans états d'âme. Imaginez la suite. Car, au final, quand-bien même l'être humain voudrait garder le contrôle sur sa propre création, il arrivera un moment où l'IA s'autonomiserait et développerait de réflexes, des attitudes et une évolution qui dicteraient ses propres choix, indépendamment de la volonté humaine. Parce que, quelque part, d'autres humains, à l'esprit malin et tortueux, auront appris à cette IA, au potentiel incommensurable, d'aller dans des sentiers qui ne servent nullement le bien-être individuel et collectif de la Communauté humaine.
Généralement, j’émets des opinions avec toutes les réserves et toute la mesure possibles. Mais avec cette IA, toutes les réserves et la valeur-mesure me semblent inopérantes car, par-delà toutes les réflexions plausibles et imaginables autour de l’Intelligence Artificielle connues aujourd’hui, aucune ne prétend épuiser la question des craintes que posent déjà son utilisation dans divers domaines, notamment en ce qui concerne l’embrigadement de la société des individus, de la surveillance de masse, de l’armement hautement sophistiqué inter-étatique, du politique à tous ses étages et à tous les niveaux, dans la création intellectuelle et artistique, dans l’imaginaire crapuleux des gouvernants et la soumission débile des gouvernés…
Sans jouer aux cassandres et en définitive, je me suis résolu à croire que, si l’IA est notre avenir, elle est et sera la frontière qui nous dira si nous sommes des humains ou des bêtes sauvages avides de domination et d’asservissement d’autrui. Or, à quel prix et pour quel devenir humain nous prédestine la réponse à cette interrogation existentielle !
Là est la principale particule de mes phobies. Quelle est ou quelles sont les vôtres, vous qui lisez ces lignes affreusement plaintives sur une IA de toutes nos fantasmagories ?
(*) Organisé à Rabat (Maroc) par Internet Society Morocco Chapter (MISOC) sur le thème "Our Internet, Our Futur".
(**) "The recruit", série télévisée américaine d'espionnage et d'aventure en 2 saisons, créée par Alexi Hawley pour Netflix et diffusée à partir du 16 décembre 2022.

