Dans le métro, j’ai vu quelqu’un lire vraiment
Ligne 6, 8h42, direction Nation. Entre Passy et Trocadéro, le métro sort de terre et Paris apparaît d'un coup, blanche, comme une surexposition.
En face de moi, un homme d'une soixantaine d'années. Pas de téléphone. Un livre de poche, jauni, sans couverture. Il lit.
Ça m'a mis quelques secondes à comprendre ce que je voyais. Ses yeux ne sautaient pas. Ils avançaient. Ligne après ligne. Lentement. Comme on marche. Il y avait un effort. Un vrai.
Tout autour, nous étions tous en train de scroller. Le même geste du pouce. Le même cou cassé. La même lumière bleue sur le visage. Et lui, il tenait son livre à deux mains. Il fronçait les sourcils. Il revenait en arrière.
J'ai failli rater ma station.
Ce n'est pas de la nostalgie pour le papier. C'est politique. Lire vraiment, c'est refuser d'être interrompu toutes les 4 secondes. C'est décider qu'une phrase mérite plus qu'une demi-seconde. Dans le métro à 8h42, cet homme était le seul à ne pas être disponible.
Il était libre.
J'ai regardé le titre quand il est descendu à Denfert. C'était "La lenteur" de Kundera. Évidemment.

