Un regard, une signature · Najib Bensbia
The Words

Les œuvres. Les idées. Le monde.

Le MAG du temps qui passe
Du savoir à la confusion : qui et quoi croire...
Du savoir à la confusion : qui et quoi croire...Image générée par IA - THE WORDS© THE WORDS
Najib BENSBIA5 min de lecture
Partager
Insolite5 min · THE WORDS

Pourquoi ne croyons-nous plus ceux qui savent ?

Divagations d’un homme entre deux âges*

Un jour de pénible randonnée de l’esprit, je me suis dit : pourquoi ne pas engager une discussion à bâtons rompus avec une Intelligence Artificielle du moment que celle-ci a envahi le monde ! Ce qui me préoccupait alors, c’était de savoir par quel bout des problématiques qui se posent aujourd’hui à l’Univers des humains commencer.
Najib BENSBIA I The Words I 30 octobre 2026

C'est peut-être la question la plus intéressante à se poser lorsque tout pose problème, notamment en relations internationales. Les alliances idéologiques relativement stables pourraient céder la place à des rapprochements ponctuels : on coopère avec un pays sur l'énergie, avec un autre sur la défense, avec un troisième sur les technologies. Autrement dit : moins de blocs, davantage de contrats. Qui fixe désormais les règles : les États, les marchés, les technologies ou les plateformes ?

C'est ici que l'IA pourrait rejoindre directement et prématurément notre réflexion. Les grands acteurs technologiques disposent aujourd'hui de moyens qui dépassent parfois ceux de nombreux États : données, infrastructures numériques, intelligence artificielle, cloud, satellites, semi-conducteurs, capitaux. Et je pousserais même la question un peu plus loin : Sommes-nous en train de passer d'un monde organisé par des puissances à un monde organisé par des réseaux de puissance ?

Poser vicieusement cette question permettrait de relier géopolitique, IA, économie, énergie, information et souveraineté, sans tomber dans le simple commentaire de l'actualité. À mon sens, c'est probablement notre meilleur axe e réflexion : suffisamment vaste pour être original, mais suffisamment précis pour construire une véritable démonstration plutôt qu'un nouvel article général sur « le monde multipolaire ».

Quelques directions très différentes : - La fatigue démocratique : pourquoi les sociétés occidentales semblent de moins en moins croire à leurs propres institutions, sans pour autant adhérer massivement à une alternative. - La nouvelle solitude : non pas la solitude psychologique individuelle, mais la transformation des relations humaines à l’ère des réseaux, de l'IA et de l'hyperconnexion. - La fin de la valeur du savoir ? :

Ces trois directions invitent à se poser certaines questions de savoir que devient le statut du savoir lorsque l'information est instantanément disponible et que l'IA peut produire des réponses, des analyses et même des raisonnements. Ce qui amène à interpeller la place de l'homme face à une machine qui interprète le monde, en engageant une réflexion plus que philosophique sur ce que nous perdons - ou gagnons - lorsque nous déléguons progressivement à l'IA une partie de notre compréhension du réel.

Cette interpellation nous oblige à faire un retour sur le réel : après plusieurs décennies dominées par le virtuel, les marchés financiers et l'information, pourquoi les ressources physiques - énergie, eau, minerais, territoires, alimentation - redeviennent-elles déterminantes ?

En filigranes de ces directions, il est une « réalité » aujourd’hui que la crise de l'autorité n’est pas qu’une question rhétorique qui frappe de front parents, enseignants, experts, journalistes, scientifiques, politiques… Ce qui oblige tout ce monde à se poser la question de savoir pourquoi l'autorité traditionnelle est-elle contestée presque partout.

Mais si je devais ne retenir qu’un seul critère interpellatif, c’est-à-dire quelque chose de vraiment différent, je choisirais cette interrogation : Pourquoi ne croyons-nous plus ceux qui savent ?

Tout un chacun peut s’approprier cette interrogation étonnamment vaste : La défiance envers les experts, les médias, les institutions, les scientifiques, les politiques, surtout ceux-là ! Ce qui suggérerait une question beaucoup plus profonde: Une société peut-elle fonctionner lorsque chacun considère que son opinion vaut celle de celui qui possède effectivement le savoir ?

dans ce contexte à la fois de doute et de questionnement à l’infini, l'IA apporterait alors un paradoxe remarquable : elle pourrait simultanément aggraver la crise de l'autorité et, éventuellement, devenir la nouvelle autorité.

Alors, pourquoi ne croyons-nous plus ceux qui savent ? C'est là un axe de réflexion pertinent aujourd'hui Le titre « La fin de l’autorité : pourquoi ne croyons-nous plus ceux qui savent ? » est volontairement provocateur, mais les données nous obligent à ne pas partir d'un diagnostic trop simple. Une analyse publiée par ‘’Nature’’ en juillet 2026 confirme, en effet, que les scientifiques restent parmi les professions les plus dignes de confiance. C'est précisément là que le sujet devient intéressant. Il est donc utile de ne pas se demander pourquoi « les citoyens ne croient plus aux experts », mais plutôt à s’interroger pourquoi acceptons-nous encore l'autorité du savoir dans certains domaines, tout en refusant de plus en plus l'autorité de ceux qui sont censés l'incarner dans l'espace public ?

Cette question ouvre une réflexion beaucoup plus profonde. Le problème pourrait ne pas être la disparition de l'autorité, mais la transformation des conditions qui permettent à une autorité d'être reconnue. Il est important de souligner, à cet égard, que les réseaux sociaux ont radicalement modifié le rapport entre savoir et opinion : l'expert n'est plus seul à parler. Il se retrouve dans le même espace discursif que le journaliste, le militant, l'influenceur, le témoin, le complotiste et désormais… l'IA dans ce processus ? Nous sommes peut-être en train de perdre confiance dans l'autorité humaine et, au moment, nous déléguons de plus en plus une partie grandissante de notre jugement à des systèmes artificiels : Qui croyons-nous alors ? Le professeur ? Le journaliste ? Le scientifique ? L'algorithme ? ChatGPT, Gemini, Copilot... ? La majorité numérique ? Ou simplement celui qui formule l'explication qui correspond déjà à ce que nous voulons croire ?

Un bémol cependant. Il ne faudrait pas confondre défiance, esprit critique, contestation de l'autorité, complotisme et autonomie intellectuelle. Ce sont des phénomènes différents.

Alors, pourquoi ne croyons-nous plus ceux qui savent ? Ce point d'interrogation est essentiel. Il nous empêche de transformer notre hypothèse de départ, dans cette réflexion hyperbolique en conclusion.

(*) Ecouter le bruit du monde : Dialogue existentiel avec une intelligence Artificielle, Najib BENSBIA, 2025, NB Publications

Repères et sources

Nature — The complex truth about trust in science, 1er juillet 2026

THE WORDS renouvelle l’habillage de ses pages articles pour mieux accompagner vos lectures.