Un regard, une signature · Najib Bensbia
The Words

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Le MAG du temps qui passe
Ce qu'on se doit
Najib Bensbia3 min de lecture
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Penser à voix basse3 min · THE WORDS

Ce qu'on se doit

Il y a des petites dettes qui ne se remboursent jamais avec de l'argent et qui pourtant comptent beaucoup. Le voisin qui a gardé un colis pendant trois jours sans rien demander en retour. La collègue qui a couvert un retard parce qu'un enfant était malade à la maison.

Il y a également le cousin qui a prêté sa voiture sans faire de commentaire ni de leçon. Ce sont de toutes petites choses, presque rien, et pourtant on s'en souvient longtemps après.

On vit dans un monde où l'on compte beaucoup, ce que l'on donne, ce que l'on reçoit, qui a appelé en premier, qui doit quoi à qui, comme si chaque relation était un compte à tenir. Penser à voix basse, c'est sortir un peu de cette comptabilité permanente et un peu épuisante. Se dire que certaines choses ne se comptent pas, elles se rendent. Pas forcément à la même personne, pas forcément tout de suite, mais elles se rendent un jour, autrement, à quelqu'un d'autre.

Il y a toujours quelqu'un à qui l'on n'a pas dit merci comme il aurait fallu, non par ingratitude, mais par vitesse, par précipitation. On était pressé, on a dit un merci rapide en partant, et après on s'est dit qu'on aurait dû mieux le dire, prendre le temps. La vie de tous les jours est faite de ces mercis un peu bâclés, de ces "on se voit" qu'on ne tient pas, de ces "je te rappelle" qu'on oublie. Ce n'est pas grave, mais on peut faire mieux.

Faire mieux, à voix basse, ce n'est pas faire grand ni spectaculaire. C'est repasser devant l'épicier et lui dire merci pour hier, simplement. C'est apporter un petit pain à la voisine âgée qui ne sort plus beaucoup, sans prévenir, sans raison. C'est envoyer un message de deux lignes : "J'ai pensé à ce que tu as fait pour moi, ça m'a beaucoup aidé." Les gens ne s'attendent plus à ce genre d'attention. Alors quand elle arrive, elle les touche vraiment.

On croit souvent que pour être une bonne personne, il faut faire des choses immenses, partir loin, aider beaucoup, se montrer. En fait, la bonté de tous les jours est beaucoup plus proche et beaucoup plus discrète. Elle est dans la façon dont on parle à celui qui ne peut rien pour nous en retour. Le serveur, le gardien, le stagiaire qui débute. Personne ne jugera cela. Mais on saura, soi-même, qui on a été à ce moment-là.

Alors la journée continue avec cette petite idée en tête, que l'on n'est redevable de rien d'énorme, mais que l'on est lié à beaucoup de monde par des fils invisibles et solides. Et que penser à voix basse, c'est de temps en temps tirer doucement sur un de ces fils, pour dire à l'autre, sans bruit ni grande phrase : on ne t'a pas oublié, on s'en souvient encore.

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