Un regard, une signature · Najib Bensbia
The Words

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Le MAG du temps qui passe
Quand on attend
Najib Bensbia3 min de lecture
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Penser à voix basse3 min · THE WORDS

Quand on attend

On passe une grande partie de la vie à attendre. Au guichet, chez le médecin, que le feu passe au vert, qu'une réponse arrive, que le mois finisse enfin. On croit que l'attente est un temps vide, un temps perdu qu'on nous vole.

On passe une grande partie de la vie à attendre. Au guichet, chez le médecin, que le feu passe au vert, qu'une réponse arrive, que le mois finisse enfin. On croit que l'attente est un temps vide, un temps perdu qu'on nous vole. En fait, c'est là qu'on voit vraiment les gens, et qu'on se voit soi-même sans filtre. L'attente révèle plus que l'action.

Il suffit de regarder une file à la poste ou à la commune. Personne n'a envie d'être là, on soupire, on regarde l'heure, on change de pied d'impatience. Et puis, sans le vouloir, on écoute ce qui se dit autour. Une femme raconte qu'elle est là depuis sept heures pour un papier pour son fils. Un vieil homme a oublié ses lunettes et ne voit pas le numéro affiché. On pensait être seul à galérer. On ne l'est jamais vraiment. À voix haute, l'attente rend agressif. On se plaint, on s'énerve contre l'employé qui n'y est pour rien, on monte le ton pour exister un peu dans la foule. À voix basse, l'attente rend humain. On laisse passer la personne pressée, on aide à remplir une feuille, on sourit à l'enfant qui s'ennuie sur les genoux de sa mère. Ce ne sont pas de grandes choses. Mais ce sont les seules qui rendent l'attente supportable et digne.

On attend aussi des nouvelles qui ne viennent pas, et celles-là pèsent autrement. Un coup de fil d'un frère qui est loin, une réponse pour un travail espéré, un résultat d'analyse qu'on n'ose pas ouvrir. Là, l'attente n'est plus dans les jambes, elle est dans la poitrine, elle serre un peu toute la journée. On continue de faire la vaisselle, de répondre que tout va bien, mais à l'intérieur, on attend vraiment.

Penser à voix basse pendant qu'on attend, c'est s'autoriser à ne pas tout contrôler, à ne pas tout accélérer par la force de l'inquiétude. On a fait ce qu'on avait à faire, on est venu, on a déposé le dossier, on a dit ce qu'on avait à dire. Le reste ne nous appartient plus pour l'instant. Ce n'est pas de la résignation, c'est de la patience. Et la patience, ce n'est pas ne rien faire, c'est tenir sans s'abîmer de l'intérieur.

Alors on attend encore un peu, on regarde par la fenêtre, on respire. On se dit que tout le monde, en ce moment même, quelque part, attend quelque chose, les yeux fixés sur un téléphone ou sur une porte. Et que d'une certaine façon, cette attente partagée, silencieuse, nous relie plus que toutes nos certitudes affichées. On attend tous, côte à côte, sans le dire vraiment.

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