Ces choses qui disparaissent
Il m’a traversé ce matin encore, en ouvrant un placard à la recherche d’une boîte mystérieusement introuvable, avec l'impression fugitive que les murs de la maison ont une vie secrète.
Notre esprit rationnel veut tout maîtriser. Le contrôle s'impose à nous par son étymologie (du latin contra rotulum, l'ancien registre de vérification). Ordonner son espace revient à vouloir dompter le désordre du monde. On classe, on range, on répertorie pour conjurer l'imprévu.
Chez moi pourtant, ces petites disparitions rappellent que la maison nous échappe un peu. Le mystère domestique compose avec l'imperfection. Les deux se mêlent pour nous rappeler à l'humilité, de l’ordre du clin d'œil complice des choses. En acceptant de perdre le fil, on découvre que l'ordre absolu est un mensonge.
Cette capacité à sourire des petits ratés du quotidien, encore faut-il l'exercer sans s'énerver contre soi-même à la moindre contrariété.
La recherche s'arrêtera bien assez tôt. En attendant, la pièce s'éclaire de ces rayons obliques de fin de journée. C'est une lumière indulgente, de celles qui éclairent les coins d'ombre sans chercher à tout révéler.

