L'éloge du plus tard
Il m’a traversé encore ce week-end, en laissant ce tiroir encombré en l’état, avec l'impression délicieuse de refuser provisoirement la dictature de l’efficacité.
Notre époque nous somme d’immédiateté. L'urgence s'impose à nous par son étymologie (du latin urgere, « pousser en avant », presser sans relâcher). Vouloir tout régler tout de suite revient souvent à s’épuiser à la tâche. On s'interdit le répit sous prétexte d'être rigoureux, comme si chaque minute devait porter son fruit.
Chez moi pourtant, le report raisonnable possède une vraie vertu. La paresse créative compose avec un besoin de respiration. Les deux se mêlent pour offrir une forme de sagesse, de l’ordre du lâcher-prise maîtrisé. En suspendant l’action, je laisse décanter les choses. Les idées mûrissent toutes seules, et le poids des obligations s'allège à mesure qu'on le regarde de côté.
Encore faut-il s’autoriser cette parenthèse sans céder à la panique de ne pas faire assez, dans un monde qui confond agitation et valeur.
La journée file vite, et la pile de dossiers ne disparaîtra pas d'un coup de baguette magique. Mais sur le rebord de la fenêtre, le jour décline lentement. C'est une lumière bienveillante, de celles qui rappellent que le temps n'appartient pas qu'aux horloges.

